"Je suis à la tribune, le monde m’acclame, m’envie, j’entends les murmures et les applaudissements, les flashs crépitent, les caméras tournent.
Mon épouse et mes enfants me sourient, mes collaborateurs s’auto-congratulent, les couleurs vives se mélangent, les slogans et les bannières se hissent bien haut, les feux d’artifices illuminent le ciel, les ballons à mon effigie sont lâchés.
Maintenant les questions fusent de toute part, je reste de marbre, mes yeux fixent un point dans la foule, des gouttes de sueur glissent le long de mes tempes, mon sang se glace, l’obscurité recouvre le fabuleux décor, tout me semble sans importance, dénudé, tellement loin de ce dont j'avais rêvé.
Voici donc l’aboutissement de toute une carrière politique bâtie sur le mensonge et la trahison! Des échelons gravis à coup de poignards et de perfidie juste pour atteindre le cœur du pouvoir. J'ai beau chercher une image positive, les visages de mes rivaux brisés ou mort de chagrin s'imposent et défilent un à un sur cet écran bleu. Les promesses non tenues viennent s’additionner à la longue liste de manœuvres subtiles au service d’une ambition démesurée.
J’ai mal au cœur, la nausée me prend tout entier alors que la joie traverse la multitude, le peuple réclame le message du tribun, une voix à mes côté se fait insistante : « Monsieur, le Président, votre discours d’investiture repasse pour la deuxième fois sur le prompteur ».
MMC

Gérard Schivardi
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